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Ville Urbanisme Maroc

La Dixième Biennale de l'architecture

29 Septembre 2006, 21:18pm

Publié par Mohammed EL MALTI

L'architecture au chevet de la ville?

    Pour sa dixième édition, la Biennale de Venise, la plus prestigieuse des expositions d'architecture au Monde, a choisi de célébrer… Que dis-je? Elle a choisi de pleurer la ville d'aujourd'hui.
   
    Elle brosse un tableau assez sombre sur l'évolution des villes et des grandes métropoles à travers le monde. Barcelone ou Los Angeles gonflent comme des bulles de savon et atteignent des densités similaires à celle de Shanghai. Des métropoles émergentes à très forte croissance comme Dubaï, Singapour ou Beijing sont prises dans un tourbillon de projets fous, impossibles il y a seulement quelques années. Des "mégacités"  incarnées par Le Caire, Bombay (Mumbaï), Caracas, Mexico ou Dacca (Bengladesh), dont la population continue à croître à des taux vertigineux avec son lot de pauvreté et d'exclusion, sur fond de bidonvilles, d'habitat autoproduit ou de "villes nouvelles" et de projets d'habitat pensés, conçus et réalisés à la hâte.

    Face au magma urbain des métropoles métastasées en quête de
développement, face au mirage de la croissance des métropoles émergentes et face à la déshumanisation des grandes métropoles développées, la Biennale expose une architecture qui se repositionne et redéfini ses marques.
 
    Autant elle déclare son impuissance et démissionne face à la pauvreté et le sous-développement en se contentant de reprenant les mots d'ordre des militants du droit à la ville et du droit à la vie des années soixante, autant elle fait preuve d'une arrogance, presque légitime, dans les grandes métropoles existantes ou émergentes où elle exprime toutes les fantaisies des architectes et tous les fantasmes de leurs commanditaires.

    Seuls quelques pavillons nationaux, dans un sursaut d'humilité, donnent la priorité à la qualité, aux plaisirs de l'utilisation et de l'appropriation des espaces (privé et public).

    C'est le cas, par exemple, du pavillon français, conçu par Patrick Bouchain, qui nous renvoi aux valeurs chères à Françoise Choay, Jane Jacobs, et autres Neguib Mahfouz et à tous les humanistes de la ville en imposant, pour la première fois dans l'histoire de la biennale, l'utilisation du bâtiment pendant la durée de l'exposition. Le but étant que l'objet architectural, qui se limite à une simple structure-échafaudage, s'écarte devant les "joies de son occupation" 

    C'est également le cas du pavillon Suisse qui expose un projet de Bernard Tschumi pour la banlieue de Saint Domingue ou l'architecture s'éclipse devant la force et la beauté des paysages naturels. 
   
Et le Maroc dans tout cela? Totalement absent, de l'actuelle Biennale en tout cas. Ses participations à cette exposition, qui existe depuis 1895 (avant l'ONU et l'UNESCO), son tellement rares, et toujours préparées dans la précipitation qu'elles ne laissent aucune trace et qu'on ne s'en souvient jamais.

    Et pourtant! La dernière participation, initiative individuelle des artistes peintres et sculpteurs Mohammed BENNANI, Fathia TAHIRI et Fouad BELLAMINE, qui a permis d'exposer un angle de vue des arts plastiques au Maroc, a laissé une très bonne impression.   

    Ne devrions-nous pas profiter de ce genre de manifestations pour exposer nos expériences et nos projets dans les domaines de l'architecture de l'habitat et de la ville aux jugements d'experts internationaux? N'avons-nous pas trop le nez dans le guidon, comme diraient les coureurs cyclistes, qu'il nous est impossible de voir ce qui se passe dans le peloton de tête? Sommes nous si sûrs de notre politique et de nos actions que nous n'avons pas besoin du regard des autres? Ne devrions-nous pas ne serait-ce que le temps d'une seconde, nous demander si nous ne nous trompons pas? Avons-nous peur du jugement de gens qui risquent de caresser à rebrousse poils?

    Aujourd'hui, le Maroc est engagé dans des projets grandioses, d'une envergure jamais égalée depuis plusieurs siècles, des projets d'infrastructure, industriels, touristiques, de logements, de villes nouvelles. Nous engageons le pays pour plusieurs décennies à venir. Nous n'avons pas le droit de nous tromper. Rechercher et accepter la critique de l'autre et profiter de son expérience relève de la bonne thérapeutique, donc de la bonne santé. 

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Benoît L. 30/09/2006 13:54

Arrogance, fantasmes, démission, où sont les hommes dans tout ça ?Humilité, appropriation, échanges sont des concepts qui me vont mieux.