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Ville Urbanisme Maroc

Quand le bâtiment va !

18 Octobre 2006, 11:02am

Publié par Mohammed EL MALTI

Et si "tout le reste n'allait pas"?

    Le vieux dicton serait emprunté à la marine, le bâtiment étant le navire. Le départ d'un bateau était en effet un événement dans la cité.  Lorsqu'il s'en allait voguer sur les mers et les océans, il emportait tout avec lui les biens, les personnes bien aimées et les marins, leur joie de vivre et leurs mythes, ne laissant derrière eux que les récits de leurs aventures.

    Et lorsqu'il s'en allait, il le faisait avec un espoir: celui d'arriver. Il devait non seulement affronter les tempêtes et se protéger des brigands mais également prendre garde aux mutins. Il était sûr de partir mais jamais d'arriver et encore moins de revenir. Avec un peu d'imagination, la parallèle est vite tracée avec le secteur de l'immobilier.

    On évoque tellement le dicton en ces temps d'euphorie immobilière qu'il est utile de voir ce qu'il veut dire et ce qu'il cache. Pour cela, j'ai commencé par questionner un moteur de recherche sur le Web sur son origine et sa signification. Il m'a listé près de quatre millions d'entrées. Je ne pouvais évidemment pas toutes les ouvrir, mais un rapide survol montre qu'il est utilisé différemment et à loisir pour illustrer ou donner une image de la réalité, selon l'angle à partir duquel on veut la voir.

    Il peut effectivement être le reflet de la réalité si l'on considère le logement, pour ne retenir que ce type de bâtiment, comme un bien de consommation qui vient après la satisfaction des besoins humains vitaux et dans un contexte économique et social porteur et producteur de richesses, pour le bonheur et le bien-être et la qualité de vie du citoyen (1). Dans ce cas, le "bâtiment va" avec tout le reste et joue un rôle de révélateur d'activité et de très forte croissance économiques

    Mais quand il va tout seul, il me semble qu'il y a lieu de s'inquiéter. Il devient un secteur refuge pour le placement de l'épargne des ménages ou du blanchissement de l'argent sale, et son développement se fait généralement au détriment des secteurs productifs . Et il me semble, sans trop courir le risque de me tromper, qu'au Maroc nous soyons plus dans le deuxième cas. Le nombre de biens immobiliers (logements ou lots de terrain) vacants ou non valorisé un peu partout dans le pays est là pour indiquer que l'activité du secteur ne répond pas à une demande naturelle du marché. Et dans un marché, il ne faut pas confondre besoins et demande (2).

    La flambée des prix à laquelle nous assistons aujourd'hui n'obéit pas à une logique économique saine et rationnelle. L'activité de la seule place boursière du pays a été portée pendant plusieurs mois en grande partie par les transactions sur "Addoha", une société de promotion immobilière récemment introduite. Comment expliquer cela si ce n'est par la rentabilité insolente du secteur et par la bulle spéculative qu'il connaît et qui est entretenue dans un soucis de rentabilité à très court terme (3)  . Mais attention, aussi bien pour les opérateurs économiques que pour les ménages, la chute risque d'être particulièrement douloureuse (4).






(1)Voir Produit intérieur brut ou… de bonheur , in "L'Economiste" du 16/10/2006, p.27 et Chiffre, l'éditorial de Nadia Salah in "L'Economiste" du 28/02/2005
(2)Les besoins estimés sont très importants (environ un million de ménages à loger dans les quinze prochaines années) mais l'offre répond-elle effectivement à ces besoins?
(3)Voir dossier Enquête immobilier in "L'Economiste" du 10 octobre 2006 et Casa la rurale in "Le Journal" N° 272 du 7-13 octobre 2006.
(4)Voir http://www.pro-at.com/analyse/technique-Quand-le-b-acirc-timent-va-tout-va-1-6581.html et Le Ralentissement immobilier américain…, in "Le Monde" N°19197 du 14 octobre 2006, à propos de l'évolution récente du secteur aux USA et des risques de l'éclatement de la bulle spéculative sur la croissance économique et la consommation des ménages.






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Benoît L. 22/10/2006 18:55

Deux contextes différents, mais un même constat : attention aux mirages, le réveil risque d'être douloureux !

Mohammed EL MALTI 22/10/2006 11:51

Salut Benoit,Je  n'ai pas loupé ton article. Je l'ai lu avec beaucoup d'attention. Contrairement à ce que dit un autre dicton, les mêmes effets peuvent être produits par des causes differentes. Cela semble être le cas pour le sujet qui nous a préoccupé tous les deux (avec quelques millions d'autres), au même moment, à des milliers de kilomètres, et dans des contextes totalement différents.

Benoît L. 22/10/2006 11:23

Petit souci avec le lien :
Quand le bâtiment va, tout va ?

Benoît L. 22/10/2006 11:21

Bonjour Mohammed,
Je ne sais pas quel moteur de recherche vous avez utilisé, mais si c'est Google, vous m'avez loupé alors que je suis en première page.
J'ai en effet écrit un article sur le même sujet il y a quatre mois : Quand le bâtiment va, tout va ? J'y abordais le sujet selon deux axes :- les questions de l'offre et de la demande- celles du coût de la construction et de l'endettement
 

F v Cappel 19/10/2006 11:54

Ne versons pas dans le pessimisme !
La genèse de ce fameux dicton est juste à savoir que la fiabilité du " bâtiment" assurait la sécurité des hommes qui le composaient .
Mais par analogie quand le secteur du bâtiment est florissant ,que se soit en Europe ou au Maroc, celui ce ne peut qu'exprimer une forte croissance économique génératrice d'emplois , de fiscalités etc ..
L'immobilier recouvre aujourdh'ui plusieurs visages : les loisirs , les spéculations et surtout une plus grande accession à la propriété .
Mais comme notre Maroc constitue un des plus grands chantiers d'afrique il est évident que tous les acteurs concernés y trouvent leur bonheur .....
FVC .