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Ville Urbanisme Maroc

Le commerce ambulant, un service de proximité

26 Novembre 2006, 11:34am

Publié par Mohammed EL MALTI

Le droit à la ville.

    Dans tous les coins de la ville, les marchands ambulants font l'objet d'une chasse impitoyable de la part des autorités. Mais sait-on seulement pour quelles raisons? Sont-elles d'ordre économique, fiscal, sécuritaire, sanitaire? En tout cas, quelles que soient ces raisons, qui peuvent par ailleurs être parfaitement justifiées, les méthodes utilisées et les solutions préconisées sont loin d'être les plus adaptées.
 
    Les marchands ambulants ont droit à la ville. Ils ont toujours existé et existeront toujours et font partie de la ville et de son histoire. Ils répondent à un besoin réel de service de proximité et constituent la seule source de revenus pour une large frange de la population. L'encouragement de la grande distribution ne doit pas et ne peut pas se substituer à toutes les autres formes de commerce. Même dans les pays les plus développé cette forme de "commerce alternatif" vie encore, elle y est même encouragée et organisée.

    Au Maroc, les décideurs sont devenus obsédés par les "campagnes nationales" ou les "programmes nationaux" de lutte contre ceci, d'éradication de cela. Le ministre marocain de l'Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau de l'économie a récemment déclaré que 16.400 marchands ambulants ont bénéficié de locaux de commerce dans10 wilayas (29 provinces et préfectures). Et il a très justement précisé que ce phénomène était dû à la situation socio-économique des personnes, qui  les contraint à faire de ce commerce leur gagne-pain quotidien.

    On veut faire comme si la ville était un corps aseptisé, homogène, une sorte de maquette en taille réelle comme certaines villes du Moyen-Orient. Dans la ville, la cité, tout n'est pas normalisé, standardisé, parfaitement ordonnancé, avec des édifices qui ont la prétention de défier même les règles de la nature (voir mon article "La Dixième Biennale de l'architecture), autrement elle perdrait son essence même: son âme. Et l'âme de la ville est faite aussi faite de marchands ambulants, de bruits, du formel, de l'informel, d'échecs et de réussites, qui sont le propre de l'Homme et qui font l'humanité (voir mes articles "Jane Jacobs and the new urbanism" et "Mahfouz est mort, vive le Caire"). Le marchand ambulant fait partie de notre imaginaire collectif urbain et de l'urbanité marocaine.

    Au lieu de les combattre, l'intelligence voudrait qu'on les accompagne, qu'on les organise pour en faire de vrais services de proximité. Les marchés hebdomadaires à Paris et dans toutes les grandes villes françaises, constituent un modèle qui pourrait peut-être nous donner des idées.

    Sans aller trop loin, avec un peu d'imagination, quelques exemples d'intégration  de l'informel
ont réussie à Marrakech et ailleurs dans d'autres villes. Les restaurateurs de Jamâa Lafna, le transport urbain en calèche, et pour sortir du domaine du folklore, le concept "Hanouty" du groupe BMCE qui, loin d'être une philanthropie, est un modèle d'organisation du commerce de proximité sur la base de "l'épicier du coin" qui reste informel sur beaucoup d'aspects. 

    Il me semble que dans ce domaine, comme dans tous les autres domaines de l'informel qui, par ailleurs, comble une grande partie de leur déficit, les pouvoir publics ont encore une fois confondu les causes et les effets.

    Ne combattons nous pas, depuis presque un siècle, l'informel dans le secteur de l'habitat, pour ne prendre que cet exemple? Mais avec quels résultats? Promenez-vous dans nos villes et vous les verrez.

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FVC 05/12/2006 11:21

Bravo pour les remarques pertinentes de Said Mouline .
Ces dernières sont tout à fait justes et visionnaires  .
FVC .

Said Mouline 02/12/2006 13:23

Cher ami,

Il était important de rappeler le rôle et les fonctions du commerce ambulant. Cet état de fait a laissé une empreinte dans les villes constituées et notamment les médinas où n'existaient auparavant ni
restaurants ni auberges. Des commerces ambulants restauratoires tournaient autour des foundouqs pour les commerçants de passage.
D'une manière plus large, comme tu le rappelles dans la dernière phrase de ton texte, l'informel, au-delà des marchands ambulants, est une composante structurelle de la vie de la cité y compris, bien entendu, dans le domaine de l'habitat.

Juste quelques chiffres pour donner l'ampleur de cette problématique :

"D\ici à 2030, l'essentiel de la croissance de la population mondiale se fera dans des bidonvilles. Quelque 650 millions d'habitants des villes vivent dans des conditions mettant leur vie en danger du fait de la pauvreté et de la dégradation de leur environnement, or on s'attend à ce que ce chiffre fasse plus que doubler d'ici à 2025".
(Source : Rapports mondiaux ONU-HABITAT)

Il y aura donc, selon les tendances prises, analysées et projetées par des institutions du Système des Nations Unies, plus d'un milliard et trois cents millions d'habitants dans le secteur informel dans deux décennies. Cela donne effectivement à réfléchir.

Saïd Mouline

Benoît L. 26/11/2006 19:05

Des villes asceptisées,  voilà quelque chose qui arrangerait :- les "normalisateurs", bureaucrates zélés qui ne savent pas vraiment ce que c'est que vivre en société- certains lobbies (grande distribution, promoteurs, bourgeois qui ont acheté un bien dans un quartier vivant et qui ne supportent pas le bruit de l'animation nocturne, ...)- nos habitudes de usagers - consommateurs de la ville qui voudraient retrouver dans toutes les villes certains repaires (franchises de magasins, de restaurants, ...)