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Ville Urbanisme Maroc

La Rue des Consuls (3 et fin)

18 Août 2006, 10:13am

Publié par Mohammed EL MALTI

    J'ai ajouté "fin" dans le titre et j'ai failli le retirer mais je me suis ravisé. Cela m'a offert le pretexte à une petite introduction à cet article.

    Une fraction de seconde d'inattention, j'ai oublié ce que j'avais écrit dans un commnntaire ajouté à la première des trois parties de l'article de Saïd Mouline sur la Rue des Consuls : la lutte pour la protection du patrimoine n'est jamais finie et "tant qu'il y aura Homme sur terre,..., il faudra des femmes et des hommes pour le défendre".                
    Considérez donc le mot "fin" comme
signifiant simplement  celle d'une  des multiples batailles pour le patrimoine et qui a d'ailleurs certainement contribué à réparer une partie du lourd préjudice qui allait être porté à la Rue des Consuls et à la Kasbah des Oudayas: La destruction du bunker, presque achevée a commencé le 11/10/1997 à l?aube.
    Partout ailleurs où le patrimoine est respecté, un projet de cette nature, avant d'être mis en oeuvre, doit être soumis à l'avis préalable d'architectes en chef des monuments historiques. S'il est vrai qu'une telle spécialité en architecture n'existe pas encore chez nous, il n'en demeure pas moins qu'il y a un Ministère de la Culture; a-t--il été consulté et quel est son avis sur l'ensemble du projet ?

    Le Ministère des Habous a-t-il été consulté pour le traitement infligé à la façade et au minaret de Jamaa es-Souq et si tel est le cas, quel a été son avis? 
Le Ministère des Finances a-t-il été informé et a-t-il donné son accord, d'une part, pour l'obstruction visuelle de la porte et de la façade de la Perception actuelle, premier édifice historique de la Banque du Maroc à Rabat; façade de belle composition en pierre de taille sculptée dont toute la moitié supérieure est dorénavant cachée et, d'autre part, pour qu'une barre métallique de support vienne s'incruster et détruire la façade en pierre sur laquelle elle s'accroche?

    Le Ministère du Tourisme a-t-il été sollicité pour donner un avis sur l'amélioration de 'l'image' de l'artère la plus touristique de Rabat?


    Le Ministère des Travaux publics et celui de l'Habitat sont également concernés et auraient pu être sollicités pour donner des conseils ou intervenir en matière d'équipements, de voirie ou d'amélioration progressive de l'habitat insalubre; était-ce le cas?


    En fait, le patrimoine est l'affaire de tous. Mais alors pourquoi ce silence? Les habitants de Rabat, les amis de Rabat, les visiteurs de Rabat, se taisent-ils par indifférence ou bien cachent-ils leur peine, leur chagrin et leur amertume dans une solitude sans espoir? Car la dénaturation et la destruction de la Rue des Consuls n'est pas le résultat d'une catastrophe naturelle ou d'une situation de conflit armé comme à Sarajevo ou Mostar. Elle est l??uvre des élus de la ville.

    Des élus et leurs techniciens qui se sont appropriés notre patrimoine et ont exclu toute participation citoyenne à un projet qui met en jeu notre identité culturelle. C'est d'autant plus grave qu'un patrimoine se vit, se cultive, s'hérite et se transmet. Le patrimoine est en nous et nous identifie au passé, au présent et au futur et tout ce qui peut en advenir engage la responsabilité des vivants aux yeux des morts et des générations à venir.

    Comment devant une telle responsabilité ne pas s'interroger sur l'absence de transparence de ce projet appelé par ses promoteurs, la Municipalité de Rabat-Hassan, "Projet d'Aménagement de la Rue des Consuls"? Comment ne pas s'inquiéter alors qu'un projet qui porte sur un monument urbain de Rabat, en zone protégée de la médina, ne soit pas suivi par des bureaux d'études et de contrôle et que le panneau indicateur du projet ne porte pas de références et de numéro d'autorisation? Ce projet appelé à devenir l'exemple de ce que l'on ne doit pas faire, ni dans la conception, ni dans la démarche, serait-il en plus un projet non conforme aux lois en vigueur?

Saïd Mouline
Architecte - sociologue.

Texte paru la première fois dans le quotidien "Libération" du 10/10/1997, puis dans de nombreux autres quotidiens et hebdomadaires.
La destruction du bunker, presque achevée a commencé le 11/10/1997 à l?aube.

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