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Ville Urbanisme Maroc

La Rue des Consuls (2)

13 Août 2006, 10:02am

Publié par Mohammed EL MALTI

Toutes les illustrations ont été réalisées et selectionnées par Saïd MOULINE

Suite de l'article précedent concernant le commentaire de Saïd MOULINE sur le rôle de la société civile dans la défense du patrimoine

    La Rue des Consuls, lieu chargé d'histoire de la médina de Rabat, n'est pas, comme les enceintes et les portes de cette ville, classée monument historique. Elle est, tout simplement si l'on peut dire, zone protégée.

    Cette rue s'est pourtant, très récemment, enrichie de pagodes, de fontaines (sans eau) ornées de zellîj d'un goût douteux et d'une finition qui laisse à désirer, d'un pavage aux pentes souvent judicieusement calculées pour drainer les eaux de pluie à l'intérieur des échoppes et boutiques d'artisanat, d'arceaux métalliques de fête foraine, d'une multitude de portes, petites et grandes, inscrites dans d'imposants cadres en béton armé aux bords revêtus de pierre de taille et aux extrémités supérieures surélevées dans un style 'babylonien' de décor de cinéma. Cette rue s'est également enrichie, pour couronner l'ensemble, d'une porte ou plutôt d'un bunker, à l'extrémité nord-ouest; bunker qui vient boucher la magnifique perspective qu'offrait, il y a peu de temps encore, la Rue des Consuls sur la porte de la Qasba des Oudaya, chef-d'oeuvre almohade du XIIème siècle, contemporain de Bâb er-Rouah à Rabat et de Bâb Agnaou à Marrakech.
    L'on se rappelle qu'il n'y a pas bien longtemps, la presse unanime s'était, à tort ou à raison, déchaînée contre les transformations opérées à proximité de Bâb er-Rouah. Transformations consistant à remodeler les percées faites dans la muraille pour tenter de faciliter une circulation automobile devenue hautement problématique. Quatre percées au lieu des trois, réalisées à partir du plan de Henri de Prost en 1917 pour l'aménagement de Rabat, et de gros titres en première page n'hésitaient pas à parler de crime contre le patrimoine.
    Aujourd'hui, alors qu'une des plus anciennes artères de la médina, qui demeure, par ailleurs, un des principaux centres de l'activité commerciale de Rabat, subit un outrage affligeant, c'est le mutisme dans la presse, toutes tendances confondues. Silence effrayant et lourd de signification. Loin des yeux, loin du coeur; ce qui se passe en médina n'intéresse pas la presse.

    Si les percées précédemment citées, réalisées à proximité de Bâb er-Rouah, avaient un objectif, celui de décongestionner, pour un temps, une circulation automobile devenue kafkaïenne, les travaux en cours dans cette artère de la médina, ne semblent pas avoir d'objectif analogue au service de la collectivité, du commerce, de la production artisanale, des clients et visiteurs ou des riverains résidant Rue des Consuls. Si tel était le cas, la priorité aurait été assurément accordée, d'une part, à des travaux de consolidation et de reprise de tout le côté qui donne en arrière sur le fleuve et dont une partie considérable en ruine menace d'effondrement tout ce qui lui est mitoyen (il suffit de s'arrêter une minute au parking du Centre d'Artisanat pour voir l'ampleur du désastre).

    D'autre part, un simple coup d'oeil sur les conditions d'insalubrité dans lesquelles survivent des centaines d'habitants de ce même côté de la rue aurait suffit à déceler les véritables priorités qui incombent aux élus: dédensification de certains îlots d'habitation, travaux d'assainissement, alimentation en eau potable (il faut voir les files d'attente aux deux robinets attenants aux toilettes publiques, au milieu de la Place er-Rahba, pour s'approvisionner en eau ou faire sa lessive). Autant d'actions techniquement simples à réaliser mais socialement difficiles à engager, à budgétiser, à planifier car elles nécessitent une concertation longue et patiente avec les familles intéressées. Mais n'est-ce pas là justement le rôle des élus?

    Si la revitalisation du patrimoine et l'actualisation des valeurs qu'il incorpore est, sans conteste, une intention fort louable, il n'en demeure pas moins qu'il faille le faire avec discernement et sur la base d'études sérieuses et approfondies. Ce qui nécessite qu'un Conseil municipal sache faire appel à des spécialistes en la matière pour prendre des décisions en toute connaissance de cause et fondées sur des avis compétents. Faute de quoi même les intentions les plus nobles ne peuvent conduire qu'à des aberrations.

    Car on peut et l'on doit légitimement se demander en quoi est-ce que des pagodes sur structures métalliques, de fausses portes, de fausses fontaines, vont-elles améliorer le bien-être urbain des habitants de la Rue des Consuls qui vivent dans des conditions déplorables et précaires qui menacent leur existence.

    Or si tant est que l'on accepte les justifications que fait circuler la rumeur sur le prétendu objectif d'améliorer 'l'image' de cette rue, on ne finit pas de relever les contradictions du projet en cours, censé  réhabiliter la Rue des Consuls sur la base de ses caractéristiques architecturales historiques.

    Si l'une des intentions du projet était de rétablir l'ancienne porte de Souq el Ghzel, qui délimitait la Rue des Consuls à son extrémité nord-ouest, il aurait fallu non seulement replacer cette porte là où elle se trouvait et selon ses
proportions et sa composition d'origine - qui n'ont, faut-il le préciser, rien à avoir avec le bunker en cours d'exécution . Mais encore, et en toute logique, replacer la porte ancienne qui séparait Souq el Fouqy de Souq et-Tahty, de même que celle qui fermait Derb el Hout, celle qui fermait Derb el Harrarîn, sans inventer au hasard des portes supplémentaires non attestées, tel le nouveau porche à proximité de Bâb el Marsa, sans reconstruire une fontaine qui n'a jamais existé, adossée à une des portes murée d'une ancienne boutique.

    D'autre part, pourquoi avoir construit une pagode qui empêche d'admirer la porte et la façade remarquables de l'actuelle perception, ancien siège de la Banque du Maroc édifiée après le Traité d'Algésiras. Et puis une fois le projet entamé, comment résoudre le problème de la visibilité du minaret, du lanterneau et de la hampe qui le surmonte de Jamaa es-Souq ou ancienne Mosquée el Guezzarîn. Pourquoi avoir alourdi de zellîj les quatre arcatures de la fontaine qui borde cette mosquée, alors qu'elles étaient simplement recouvertes de chaux vive et surmontées d'une frise que protégeait un léger auvent. Malgré les intentions affichées ou décelables de ce projet, l'histoire de l'art, l'histoire de l'architecture ne s'inventent pas, ne s'improvisent pas, ne se bricolent pas sur un chantier. (à suivre)

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mylene 16/02/2008 00:13

La rue des Consuls a été la première voie de la médina à être défigurée, en 1920, par ces horribles voûtes en verre qui font pensée à une galerie marchande du XIX° siècle. La municipalité n'aurait pas du accepter cette construction. Elle défrise complètement avec l'architecture locale. Je ne comprends pas comment le Service des beaux-arts a pu  laisser édifier une telle chose alors que la médina  était soumise à une servitude d'aspect .