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Ville Urbanisme Maroc

Jane Jacobs and The "New Urbanism"

8 Juillet 2006, 10:48am

Publié par Mohammed EL MALTI

    Jane Jacobs, une des grandes théoriciennes de l’urbanisme du XXe siècle, vient de décéder à Toronto à l’age de 89 ans.

    Au début des années soixante elle publiait son ouvrage de référence "Death and Life of Great American Cities" (La Mort et la Vie des Grandes Villes Américaines) qui a changé la manière de voir et de comprendre le développement urbain et ou elle définissait ainsi la ville, la cité :

"C’est quoi une ville ?... C’est, parmi d’autres choses, les cris stridents des enfants courant dans les rues, la clameur d’une foule vivante ; le boucher voisin chez qui la ménagère peut laisser la clé de sa maison ; l’épicerie du coin qui reste ouvert après minuit ; le serrurier et le cordonnier ;... ; le vieil homme au regard fixe comme un portrait muet dans le cadre de sa fenêtre du premier étage… Qu’est-ce que les urbanistes ont mis à la place de tout cela ? Des projets pour ménages à faibles revenus qui 'deviennent des foyers de délinquance, de vandalisme et de désespoir général, pire que les bidonvilles'… Obsédés par les statistiques et les plans, les urbanistes  et les promoteurs oublient de s’intéresser à ce que les gens qu’ils transplantent désirent réellement".

    Plus récemment, dans son dernier ouvrage, "Dark Age Ahead" (L’Age des Ténèbres est à Venir), elle s’insurge contre l’étalement urbain qu’elle considère comme un "signe de décadence" de la civilisation urbaine, le "meurtre des communautés" et un "gaspillage des terres, du temps et de l’énergie".

    Jane Jacobs était parmi les égéries des activistes urbains des années soixante. Elle a été de toutes les grandes luttes urbaines dont une des plus fameuse est celle contre le passage d’une voie expresse à travers Washington Square dans Greenwich Village à New York City. Elle militait pour une vie plus humaine dans les cités, en réaction notamment à l’"urbanisme moderne" qui privilégiait la séparation des fonctions et de formes urbaines par rapport à la mixité et à l’intégration, qui préférait donner la rue à la voiture qu’au piéton.

    Cet hommage posthume est l’occasion, encore une fois, d’attirer l’attention sur les risques que nous courrons, et nos enfants plus que nous, pour les choix et les décisions qui sont pris en matière d’urbanisme et de développement urbain. Ils continuent à privilégier l’étalement urbain au gré des opportunités foncières au moment où, tous les courants théoriques et pratiques fiables dans le monde ont adopté un "nouvel urbanisme" principalement basée sur le renouvellement urbain.

www.newurbanism.org/
www.cnu.org/



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Said Mouline 29/07/2006 16:30

Cher ami,

Merci pour l’hommage posthume rendu à Jane Jacobs. Pour ceux qui ont un minimum de culture ou de curiosité dans les domaines de l’architecture et de l’urbanité, c’est une grande dame qui s’en va en laissant une empreinte déterminante sur toute une génération d’architectes de par le monde. Son énergie exceptionnelle et son combat inlassable ont permis, avec d’autres, Louis Kahn, Robert Venturi, Hassan Fathy, Bernard Huet, Manfredo Tafuri, Françoise Choay, etc, d’imposer, dans le savoir et le savoir-faire architectural et urbain, la dimension humaine qu’incorpore tout urbanisme, toute communauté spatiale.

Un hommage analogue sera rendu prochainement à notre maître et ami, Jean Hensens, qui nous a récemment quitté le samedi 1er juillet. Son double combat pour la modernité dans la tradition et pour la décentralisation des décisions aux échelles de base - dans le respect de la spécificité des lieux et des liens sociaux tissés avec ces lieux - était un combat d’avant-garde quand il l’avait engagé il y a près de cinq décennies au Maroc. Sa production, à tous égards, forge le respect dû à un grand humaniste et à un marocain de cœur qui n’a rien eu mais qui n’a jamais pensé demander quoi que ce soit en retour. Ses positions, les concepts qu’il avait développés et enrichis, dédaignés à l’époque, sont devenues aujourd’hui la panacée de bien des institutions nationales et internationales qui se gargarisent de mots tout en mettant en œuvre les sempiternelles politiques fondées sur une conception simpliste et technocratique de l’être humain biométrique réduit à du mesurable et du quantifiable.

Benoît L. 26/07/2006 00:05

Tout à fait d'accord avec ce point de vue.J'ajouterai toutefois qu'en plus des politiciens, il faut aussi se méfier, de  manière générale, de tous ceux qui contribuent à faire la ville : population, promoteurs, ... et professionnels par feignantise intellectuelle (c'est plus facile de suivre les grandes idées à la mode).Pour ma part, je crois beaucoup à la pédagogie et au travail de fond pour donner des moyens de comprendre, de juger

Mohammed EL MALTI 25/07/2006 17:31

    Une théorie ne devient fiable qu'une fois confrontée à la réalité, une fois qu'elle a subi le test du terrain mais aussi celui du temps.     Il n'existe pas de théorie en soit et pour soit, en tout cas pas dans le domaine de l'urbanisme.     La théorie sert à mieux appréhender la réalité urbaine qu'elle est censée adresser, elle est nécessaire à sa connaissance, mais elle ne saurait se substituer à elle. Elle ne peut pas devenir réalité ou prétendre façonner ou créer une réalité, sinon elle deviendrait un dogme, une idéologie.    Faisons donc plus attention aux politiciens qui sont capables de manipuler des théoriciens et d'instrumentaliser des théories qu'aux théoriciens eux-mêmes.

Benoît L. 25/07/2006 12:55

"faisons cependant attention aux théoriciens"Tout à fait d'accord avec toi Mohammed.Ayant un parcours un peu particulier (une première formation d'ingénieur et une formation courte d'urbanisme suivie à distance), non seulement j'ai des lacunes concernant les théories, mais, en plus, j'ai tendance à m'en méfier (www.chezbelan.com/article-1364495.html) et à les prendre avec des pincettes : cela reste des outils.

Mohammed EL MALTI 17/07/2006 23:23

Bonjour Benoît,Nous n\\\'avons pas fini de payer le prix des erreurs de l\\\'"urbanisme moderne". Heureusement que les théoriciens restent en eveil pour attirer notre attention sur nos dérives, quand nous sommes capables de les reconnaître. Et Jane Jacobs a consacré sa vie à cela. Mais faisons cependant attention aux théoriciens, car toute école a ses penseurs qui savent défendre et argumenter autours de leurs idées.  N\\\'oublions pas les joutes intellectuelles entre Jacobs et  Lewis Mumford ("The Culture of Cities") un des grands de l\\\'"urbanisme moderne". Rappelons nous également les motivations qui ont animé les luttes urbaines en Europe pedant les années soixante, notamment en France, en Belgique et en Italie, qui relèvent toutes du même combat pour une ville plus humaine, et qui ont été portées par toute une génération d\\\'urbanistes. Un combat déjà engagé bien avant nous par des Benjamin Franklin, John Dewey ou William James et que continuerons à mener d\\\'autres après nous.