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Ville Urbanisme Maroc

Les Portes de le Cité: Les Survies

5 Avril 2006, 10:04am

Publié par Mohammed EL MALTI

PORTES DE CITÉS MAROCAINES
Vies et Survies

La Porte de la Cité, Al Bab, se meurt.
   
    Pour l'"urbanisme contemporain",  caractérisé par un estompage progressif de la citadinité de la ville, les portes se retrouvent totalement piègées dans un magma urbain où les activités semblent déborder de leur cadre physique pour affecter très fortement la morphologique urbaine.
    La porte de la cité change d'échelle, de compréhension, de charge symbolique: elle se transforme en porte de ville, entrée d'agglomération, en un espace urbain composite. Elle change de forme et se transforme en port, aéroport, gare de chemin de fer. Les inscriptions de bienvenue deviennent messages publicitaires. La Porte de la Cité, Al Bab, se meurt. 
    Avec les fortifications dont elles sont parties intégrantes et leurs servitudes de protection, les Portes apparaissent de plus en plus comme des éléments de contrainte  au lieu d'émerger comme des atouts pour la conception de la ville de demain. Elles deviennent des fardeaux  pour la "planification urbaine moderne", des charges lourdes à porter par les planificateurs et le gestionnaires urbains. On les ménage par respect, tel un parent d'un autre âge, en attendant qu'elles disparaissent d'elles-mêmes, lorsqu'on ne précipite pas leur disparition par des actions irréfléchies. Les hésitations et les tergiversations quant à leur réaffectation, leur réutilisation et leur intégration sont là pour en témoigner.
    Elles sont reconverties, en dehors de toute cohérence globale de la ville, tantôt en galeries d'art, tantôt en musées, tantôt en locaux administratifs ou en gargote, et l'imagination s'arrête là, ou simplement abandonnées à toutes les formes de dégradations. Les conséquences sont encore à mesurer.
    Un seul exemple, Bâb er Rouah à Rabat. Depuis longtemps convertie en galerie d'art, elle voit transiter quotidiennement le plus grand flux de circulation automobile de la capitale sans qu’aucune étude géophysique n'ait été effectuée pour en mesurer les effets certains sur la stabilité de l'édifice. Malgré le poids des siècles, la force de l'âge et le test du temps, elle risque d’en être sérieusement ébranlée.
    De plus, et égalant ce qui précède en gravité, de multiples bâtisses, sans aucun intérêt, ni pour la ville ni pour le citoyen, sont construites à proximité de la Belle Dame du XII ème. Ceci affecte son intégrité à tel point qu’on est en droit de se demander si la fougue que l’on met aujourd'hui à porter atteinte à Bâb er Rouah voulait absolument surpasser celle qu’Henri PROST avait  mise pour la préserver et la rehausser.
   Mais le danger ultime qui la menace serait une intervention hâtive et maladroite sur l’Avenue de la Victoire, qui a été conçue par Henri Prost pour préserver la majesté de la porte. La longueur de l’Avenue, son emprise, le gabarit de ses constructions, la nature et la disposition de ses arbres d’alignement ; tout concourait à exprimer respect et déférence vis-à-vis d’un des plus beaux édifices de l’architecture de l’occident arabo-musulman et d’un des tracés urbains les plus expressifs et les plus volontaristes du vingtième siècle...

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