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Ville Urbanisme Maroc

Les villes nouvelles

22 Mars 2006, 08:53am

Publié par Mohammed EL MALTI

Les villes nouvelles

Une vision stratégique pour un acte stratégique

    Les nouveaux espaces d’établissement de l’homme ont de tout temps été l’objet d’utopies économiques, sociales, politiques, spatiales et d’idéaux de vie. Toutes ces utopies ont été construites sur un fond de recherche permanente de progrès humains. De la cité antique de Platon ou le progrès est réalisé par la démocratie, à la « Cité Radieuse » de Le Corbusier où c’est la technologie qui en constitue le vecteur dominant, à « Broadacres City » de Frank Loyd Wright qui prône le retour aux sources ou encore à la « Garden City » de Ebenezer Howard qui tente de concilier les trois utopies, l’homme a toujours aspiré au meilleur pour son cadre de vie. Les théoriciens de l’urbanisme ont tenté par leur imagination une projection accélérée dans le temps pour rattraper l’histoire, car c’est le temps qui consolide et pérennise le cadre de vie et l’espace de la cité.
    Jusqu’à présent, toute la production urbanistique prévisionnelle ou opérationnelle au Maroc, en particulier les grandes opérations d’urbanisme, a été traitée, quelles que soient sa taille et sa complexité, sous la forme d’opérations d’extension urbaine, au gré des opportunités foncières et généralement dans les périphéries de villes.
    Cette approche a eu pour conséquence une consommation incontrôlée des terrains périurbains qui devraient normalement constituer des réserves stratégiques notamment pour les grandes agglomérations.
Elle a également entraîné un développement tentaculaire et horizontal produisant des effets négatifs sur le paysage urbain, sur la gestion de l’espace, du transport, de la circulation, du déplacement et sur les services municipaux du fait du débordement des villes de leur site naturel.
    Par ailleurs, toutes les nouvelles zones d’urbanisation initiées par l’État au cours des dernières décennies ont eu pour vocation principale l’habitat. Et même lorsque exceptionnellement des efforts sont consentis pour y créer des activités économiques elles sont souvent en décalage par rapport au profil socio professionnel des habitants cible qui sont constitués, à de très rares exceptions près, par des populations à faibles revenus. Ainsi elles deviennent ou deviendront inéluctablement des concentrations de pauvreté, des espaces de ségrégation sociale et fonctionnelle dont les effets induits sont difficiles à corriger à posteriori.
    Toute création urbaine nouvelle doit être portée par une vocation forte destinée à promouvoir son développement. Cette vocation ne saurait être exclusivement résidentielle au risque de produire des cités dortoirs qui ne remplissent rien d’autre que la fonction d’habiter. Elle ne saurait non plus être liée à une fonction exclusive de quelque nature qu’elle soit au risque de produire des espaces de vie et d’activité intermittente ou saisonnière. Beaucoup de grandes agglomérations dans le monde ont entrepris la correction de cet état de fait au prix d’efforts financiers considérables.
    Les nouvelles urbanisations doivent tout d’abords éviter l’image de lieux de ségrégation ou d’exclusion sociale pour promouvoir une citadinité plurielle et une mixité urbaine. Le partage du même cadre résidentiel seul ne crée évidemment pas un sentiment d’appartenance. Mais, une ville ouverte, tournée vers l’avenir, susceptible d’offrir un champs de liberté où il serait possible d’inventer ou réinventer sa vie et de partager l’espace est à même de permettre le développement et la consolidation de ce sentiment.
    À une autre échelle, la décision de création de villes nouvelles est avant tout une décision d’aménagement du territoire. Toute politique de nouvelles créations urbaines doit fournir une réponse préalable aux deux questions fondamentales de leur intégration dans le réseau urbain national et de la capacité d’absorption des villes existantes. Ce réseau qui s’organise aujourd’hui en pôles principaux, bipôles et pôles secondaires connaît un équilibre très justement relevé par le SNAT comme étant un élément essentiel de développement économique et social. Toute nouvelle création2 doit donc nécessairement intégrer cet équilibre sans le perturber.
    Il est certes urgent de trouver des solutions aux problèmes des grandes agglomérations, mais celles-ci ne résident pas nécessairement dans des créations nouvelles ni dans des extensions urbaines systématiques.
    La création de villes nouvelles est un acte stratégique qui doit être basé sur une vision stratégique. C’est une intervention lourde sur le territoire dont les conséquences sont difficilement prévisibles.

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