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Ville Urbanisme Maroc

La politique urbaine

9 Mars 2006, 08:46am

Publié par Mohammed EL MALTI

2. La politique urbaine

Défaut de politique ou politique par défaut

    La ville, « polis », de la Grèce fondatrice de la démocratie, est le lieu privilégié de l'expression et de la manifestation des enjeux économiques et sociaux, dont la gestion est le propre de la « Politique » à laquelle elle est allée jusqu'à donner le nom.
    L'urbanisme est une discipline créée au début du XXe siècle pour établir des bases scientifiques, économiques, sociales et techniques permettant de « dire le vrai » sur la conception et l'aménagement des villes et pour argumenter, arbitrer et gérer les enjeux, les luttes et les conflits urbains. Ainsi l'urbanisme a toujours été au service des politiques urbaines. Il est, de ce fait même, le principal outil de mise en oeuvre de toute politique de la ville.
    Le Maroc se caractérise aujourd'hui par l'absence de politique urbaine. Depuis la politique coloniale « ségrégative » du début du XXe siècle, et après la politique réactive, pour ne pas dire réactionnaire, des années 80 fondée sur un urbanisme coercitif, aucune politique alternative cohérente n'a été proposée.
    La politique urbaine coloniale, basée sur l'idéologie de « pacification » culturelle et sociale de Lyautey, a produit dans une première phase des villes duales sur la base des doctrines de l'urbanisme moderne et a permis, à côté de villes modernes de grande qualité, conçues selon les règles avant-gardistes, de préserver les formes urbaines traditionnelles et en particulier les Médinas.
    Dans une deuxième phase, qui correspond à la prise en charge des affaires de la ville et de l'urbanisme par Michel Ecochard, elle a tenté de faire face à la pression de l'urbanisation et aux effets négatifs qu'elle a pu avoir sur la ville, notamment en matière d?habitat social et de prolifération des bidonvilles.
       La politique des années 80 quant à elle a tout simplement confondu les causes et les effets des défaillances socio-économiques structurelles. Elle a considéré que l'urbanisme contribuait dans une large mesure aux dysfonctionnements que connaissaient les villes et la société marocaines. Ce qui a conduit au choix politique, déterminant pour l'avenir, de le mettre sous la tutelle du Ministère de l'Intérieur. L'urbanisme est ainsi devenu d'une part un outil de régulation politique et économique et d'autre part un moyen de coercition basé sur une réglementation urbaine très rigide.
    Dans les deux cas on a imputé, à tort à l'exode rural et aux problèmes du logement et de l'habitat, tous les maux des villes, en particulier ceux des grandes agglomérations.
    Aujourd'hui, la ville continue à être gérée sur la base de pratiques et avec des outils réglementaires en décalage total avec les évolutions récentes que connaissent la société, le paysage politique et économique du Maroc ainsi que les villes et les territoires de par le Monde. À l'explosion urbaine que les villes marocaines ont connue depuis le début du siècle précédent, du fait du développement industriel, s'est progressivement substitué ce qui pourrait être qualifié d'implosion urbaine. Les causes de cette implosion ne sont certainement pas exogènes, il serait illusoire par exemple d?aller chercher dans les campagnes les solutions à des problèmes endogènes à la ville.
    Cette implosion, qui résulte de la désintégration des schémas d?organisation socio spatiale, est aggravée par la faiblesse du tissu économique et des structures d'accueil de la ville. Elle est soutenue également par le développement des revendications sociales et par l'absence d'un schéma de substitution, ainsi que celle d?une politique urbaine sinon partagée, du moins clairement exprimée.
Par conséquent, et face à l'inexistence de toute maîtrise d'ouvrage sociale urbaine, la « cité » est prise en charge par l'habitant, totalement ou partiellement, sur la base de référentiels souvent inadaptés au mode de vie urbain produisant un urbanisme dit informel ou clandestin, également et plus justement qualifié d'« urbanisme autoproduit ».
    À défaut de politique urbaine, et depuis quelques années, la gestion des affaires « courantes » de la ville, une ville vieillissante, éclatée, composite, malade, diffuse, est heureusement assurée, mais dans l'improvisation. L'urbanisme a entrepris une tentative de réconciliation du citoyen avec la ville, à travers des actions circonscrites.
    Parce que la ville est l'affaire de tous, celle de l'État, de la collectivité, des opérateurs économiques et, de plus en plus, celle du citoyen, la politique urbaine aujourd'hui doit être une politique de concertation, de partenariat et d'écoute. Autrement, il en résulterait toutes sortes de dérives, autoritaires, populistes ou anarchistes.
    Elle exige la démocratisation des débats techniques pour que l'habitant puisse vivre et s'approprier sa cité, contribuer à son élaboration et à ses mutations. Elle nécessite une gestion urbaine de proximité même si la taille des villes d'aujourd'hui rend de plus en plus difficile une implication directe des individus dans les affaires de la communauté, dans un contexte ou l'administration démocratique des affaires de la cité marocaine peine à se mettre en place.
    Par nature, l'urbanisme ne peut être que démocratique. Mais, cette affirmation trouve ses limites au Maroc dans la fragilité et le manque de maturation de la démocratie locale et dans le caractère fortement centralisé de l'administration qui avance lentement dans le processus de déconcentration de ses structures et de ses institutions. Ceci impose donc l'adoption d'une démarche progressive, itérative et didactique pour rapprocher le citoyen des affaires de la Cité.
    En effet, le temps et l'espace de la ville ne correspondent pas toujours à ceux de ses habitants, qui ne peuvent les inscrire que dans le conjoncturel, et encore moins à ceux de ses gestionnaires, surtout les politiques parmi eux, que cela soit au niveau national ou local, qui n?arrivent pas, ou rarement, à les inscrire au-delà de leur mandat électoral.


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jamali 29/05/2013 23:12


salam o alaikoum, 


c'est par coincidence que je me suis arrivée à ce blog, et je trouve interessant l'article sur la planification urbaine, si vous permettez bien, puis je connaitre la source , merci d'avance 

rais hamid 31/01/2012 18:20


Hamid
RaisBonjour cher collègues dans le cadre
de la préparation de mon projet de recherche doctorale sur les dysfonctionnements et enjeux de la planification spatiale à Fès, je l’honneur de solliciter votre collaboration par le partage de
votre vision concernant les points suivants :


Les dysfonctionnements qui entravent la planification urbaine
réglementaire sont dus à plusieurs facteurs qui se résument comme suit :


La législation en vigueur dépassée et Projet de code de
l’Urbanisme en panne.


Pensez-vous que les dysfonctionnements de la
planification urbaine sont en partie dus au contenu de la législation actuelle régissant l’urbanisme ?


Si oui, je vous propose de me donner votre avis sur
les points suivants qui constituent les points de discorde du projet de code de l’urbanisme :


1/ La création des agences
foncières ;
2/ La participation des propriétaires terriens au financement de l’hors site des nouvelles zones ouvertes à l’urbanisation ;
3/ La pénalisation des infractions en matière d’urbanisme ; notamment la prolifération des constructions non réglementaires.


Les institutions chargées de
l’urbanisme:


Considérez-vous que la multiplicité des intervenants
chargé de l’urbanisme au niveau régional est local rend la coordination et la gestion de la ville difficile pour ne pas dire impossible (wilaya, provinces, communes, Inspection Régionale, Agence
urbaine, Délégation provinciale de l’Urbanisme, le centre Régionale d’Investissement, les délégations provinciales de l’Equipement, de l’Agriculture, de la Culture, les Eaux et Forets et les
reste des services extérieurs les ONG les associations des Quartiers …etc.) ?


 


 


Le Contenu des études
:


Considérez-vous que les dysfonctionnements actuels
de la planification urbaine soient dus en partie à la lourdeur et la qualité des études relatives à l’établissement des documents d’urbanisme ?


Approche
conceptuelle :


Considérez-vous que l’approche conceptuelle adoptée
dans le processus d’établissement des documents d’urbanisme caractérisée par la fixation de plusieurs paramètres d’occupation des sols (précision du zonage, densité, COS, CES, hauteurs, recules,
retraits, etc)   est à l’origine de
la rigidité  et de l’incompatibilité  desdits documents, ce qui rend le processus d’intégration des nouveaux projets d’investissement difficile voir impossible en absence de l’approche
dérogatoire ?


Les procédures d’établissement des documents
d’Urbanisme :


Considérez-vous que les procédures actuelles
d’établissement des documents d’urbanisme (phasages d’établissement, durée de vie, procédure de
modification)  constituent un handicap
majeur dans le processus de maîtrise du développement urbain des villes ?


 La mise en œuvre des documents d’urbanisme

Zineb 30/01/2012 15:47


Bonjour Mr El Malti,


Je suis tombée sur votre blog en faisant quelques recherches pour mon mémoire et j'ai trouvé votre article sur la politique urbaine au Maroc très interessant. Je me permets donc de vous contacter
afin de vous demander si vous aviez d'autres sources à me communiquer sur ce sujet (articles, publications..). Je vous remercie de l'attention que vous porterez à ma demande. 

younes 29/01/2011 16:16



C'est génial, scientifique et je souhaite la réussite à tous les élèves