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Ville Urbanisme Maroc

Politique de la ville

7 Mars 2006, 21:16pm

Publié par Mohammed EL MALTI

1.    Politique de la ville

La ville : espace d’intégration et de cohésion

    La « Charte Nationale de l’Aménagement du Territoire » a placé la question urbaine parmi les enjeux principaux du développement durable et a attribué aux villes un rôle moteur dans la mise à niveau et la stabilité du Maroc et dans sa compétitivité à l’échelle internationale.
    En effet, le développement et la croissance économique de la plupart des pays, qu’ils soient développés ou en développement, sont portés aujourd’hui par les grandes agglomérations. Cependant, pour pouvoir assurer cette fonction, les grandes métropoles urbaines, qui constituent en effet les principaux espaces de production et de consolidation des richesses, doivent également assurer celles de l’intégration et de la cohésion sociale et culturelle.
    Malheureusement, les villes marocaines, frappées par un phénomène pathologique de gigantisme et une très forte périurbanisation sont dans l’incapacité d’assumer ce rôle. Elles sont handicapées par la défaillance de leurs infrastructures urbaines notamment en termes d’équipements et de services publics, par la faiblesse de leur tissu économique ainsi que par la dégradation de leur paysage et de leur cadre de vie. Elles se trouvent par conséquent fortement touchées par toutes les formes d’exclusion et de marginalisation économique et sociale.
    L’élaboration d’une politique de la ville définissant l’action coordonnée et intégrée de l’État, des collectivités locales et de la société civile est donc de la première nécessité. La politique de la ville intègre l’aménagement urbain mais également les actions sociales, éducatives, économiques et culturelles. Elle est donc nécessairement multidisciplinaire, transversale et spécifique d’une part, et partenariale, concertée et contractuelle d’autre part. Elle nécessite donc un cadre institutionnel de coordination et d’intégration qui peut prendre plusieurs formes exécutives et opérationnelles.
    Elle exige la solidarité nationale à travers une forte implication de l’État mais également un engagement local garantissant, dans le cadre de contrats Etat ville ou État région, l’implication matérielle et politique des collectivités territoriales, ainsi qu’une volonté de mise en oeuvre d’un projet de territoire partagé.
    Elle est aussi un choix politique, notamment par rapport aux grands problèmes d’aménagement urbain que posent les questions d’insertion sociale et de sécurité qui relèvent naturellement des domaines exclusifs d’intervention de l’État.
    Jusqu’à présent la seule politique de la ville qui est pratiquée est celle de « l’urgence », sans vision cohérente de laquelle sont exclus, de facto, le rôle et la responsabilité du citoyen, de la collectivité, de la société civile ou des opérateurs économiques (publics ou privés). Une politique caractérisée par l’interventionnisme de l’État parfois à travers des actions répressives consolidant la rupture entre la « ville officielle » et le citoyen. Dans le domaine de l’habitat, l’État intervient à travers des opérations de « relogement », de « recasement » ou de lotissement, qui répondent certes à des besoins réels, mais qui réduisent les problèmes de la ville à la seule question du logement.
    La ville, la « cité », est un corps complexe fabriqué dans le temps, au-delà des urgences, à travers des processus intégrés. Elle ne peut être réduite à la seule fonction de loger, même si elle en constitue la composante principale, ni à aucune autre fonction exclusive. Le citoyen qui y migre n’y recherche pas prioritairement un logement, c’est d’ailleurs pour cela qu’il accepte d’habiter, « provisoirement » dans des conditions de grande insalubrité. En venant en ville, le citoyen recherche avant tout les services qu’elle procure, l’emploi, les loisirs, la qualité de la vie urbaine, l’urbanité.
    La ville malgré le fait qu’elle ait toujours rassemblé des individus et des groupes d’origines diverses était un « état d’esprit », une « mentalité » un ensemble sociologique cohérent. Les gens, les activités et les différentes fonctions urbaines s’y côtoyaient dans un tout urbain cohérent. Elle devient aujourd’hui un corps composite et éclaté, constitué d’éléments hétérogènes et de référentiels « importés », un « melting-pot » social et culturel où plusieurs entités sociologiques coexistent sans relations évidentes entre elles. Elle devient donc une réalité très difficilement saisissable, mais pouvant malgré tout constituer le cadre de cohésion et d’intégration souhaité, moyennant une réelle prise de conscience politique ainsi que des approches et des outils d’intervention adaptés.
    La ville est « une réalité malléable » qui n’attend que « l’empreinte d’une identité » et qui « prend forme autour de l’individu » ou du corps social qui la compose. En effet, les villes ont ceci de commun qu’elles constituent un espace, partagé à plusieurs égards, où les individus sont obligés de coexister, d’interagir et de communiquer, autrement, elles génèreraient toutes les formes de manifestations violentes ainsi que les effets pervers des conflits culturels et des luttes de classes .



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