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Ville Urbanisme Maroc

90 ans d'Urbanisme au Maroc

5 Mars 2006, 11:15am

Publié par Mohammed EL MALTI

Je soumet à la lecture, à l'appréciation et à la critique de ceux qui voudront bien les lire, une série de huit articles issus d'une contribution intitulée "Ville et Question Urbaine au Maroc". Cette contribution est un point de vue personnel mais, je crois, assez largement partagé, sur l'urbanisme, la planification urbaine et la ville . Elle se veut critique mais positive et ouverte vers des perspectives que je pense être porteuses d'espoir pour le citoyen marocain. Elle a fait l'objet d'une publication sur www.RDH50.ma, site dédié au développement humain au Maroc après cinquante années d'indépendance.
Le premier, en guise d'introduction s'intitule '90 ans d'urbanisme au Maroc'. La plus large diffusion et tous vos commentaires sur ces articles sont les bienvenus.

90 ans d’urbanisme au Maroc

    L’urbanisme moderne au Maroc est né, il y a plus de quatre-vingt-dix ans, avec la promulgation de la loi fondatrice de 1914, largement et à beaucoup d’égards en avance, par rapport à la France, et cela grâce à l’esprit clairvoyant du Maréchal Lyautey et au géni des architectes et urbanistes qui constituaient son staff technique rapproché.
    Les besoins liés à l’installation de l’administration du protectorat et les exigences économiques ont imposé la nécessité de développer de nouveaux centres urbains soit autour des médinas existantes soit dans des sites nouveaux choisis généralement pour leur intérêt militaire ou stratégique.
    L’urbanisme devait donc traiter en priorité de l’urgence de la création des villes marocaines modernes en leur assurant une certaine forme de pérennité par la garantie du droit de propriété, l’instauration de l’utilité publique, ainsi que par l’introduction des documents graphiques.
    Les premières lois de l’urbanisme prévisionnel avaient un caractère d’orientation et de cadrage. Elles avaient comme objectif l’élaboration de simples plans d’alignement et d’extension urbaine. Par contre, les suivantes, notamment celles de 1952, de 1992 et le projet de loi actuel (loi 04/04), en discussion au Parlement, ont privilégié l'approche, de plus en plus réglementaire de l’urbanisme, qui a entravé jusqu’à présent et dans une large mesure, la réactivité de la ville par rapport au développement économique et aux évolutions politiques et sociales.
    Grâce à l’importance qui a toujours été accordée par la puissance publique au contrôle et à la maîtrise de l’urbanisation1, manifestée notamment par l’édiction d’un important corpus de lois et par un patrimoine considérable de villes, le Maroc dispose aujourd’hui d’une armature urbaine équilibrée et structurée qui constitue un des atouts majeurs de son développement2.
    Cependant, cette armature est composée de villes qui ont atteint des tailles et un niveau de croissance maximum et qui ont subi la marque du temps, le temps naturel et le temps des hommes. Sous la pression de l’urbanisation et du fait de l’inadaptation des structures d’accueil qu’elles offrent et des moyens d’action financiers et institutionnels dont elles disposent elles n’ont pas pu supporter le poids de leur développement.
    Elles sont dans leur grande majorité couvertes par des documents d’urbanisme, mais dont la mise en oeuvre souffre de beaucoup de dysfonctionnements. Par ailleurs, la ville marocaine des trois dernières décennies a subi une vraie métastase urbaine3. Elle s’est étendue pour plus de son tiers sous la forme d’un urbanisme autoproduit exclu « de jure » du secteur formel mais s’imposant « de facto » aussi bien par l’alternative qu’il propose aux politiques publiques d’habitat et d’urbanisme que par son dynamisme économique et social.
    De plus, si par le passé la fabrication du cadre de vie était inscrite dans la durée, il n’en est pas de même aujourd’hui. En effet, sous la pression du temps, des urgences et de la société de consommation, il est plutôt fabriqué dans l’éphémère, dans le périssable produisant ainsi des formes et des objets urbains qui ne s’inscrivent pas dans le cadre d’un développement durable et qui risquent de constituer l’insalubrité de demain et les causes d’exclusion économique et sociale.
    Il est à craindre, si ce problème n’était pas pris au sérieux, que le Maroc connaisse les mêmes dérives que l’urbanisme en Europe a connues, notamment à travers les grandes opérations publiques et privées d’habitat à la fin de la deuxième guerre mondiale et durant les années 70, ainsi que toutes leurs conséquences économiques et sociales. Nous serions ainsi très rapidement mis devant l’obligation de procéder à des réparations au coût financier et politique très élevé, par lesquels les pouvoirs publics feraient un aveu d’échec. En effet, ce qui peut apparaître aujourd’hui comme une victoire dans la lutte contre l’insalubrité pourrait s’avérer être « une erreur civilisationnelle ».
    Nous sommes donc, et nous le serons encore plus à l’avenir, mis face à des défis qui imposent le recours à de nouvelles démarches et à des outils plus adaptés de maîtrise de l’espace. Le défi de la mise à niveau urbaine pour faire face à la compétitivité des territoires couplé à ceux de l’accompagnement de la tendance lourde à l’urbanisation.
    Pour cela, il est impératif de se doter des moyens réglementaires, institutionnels, financiers, fonciers pour un urbanisme opérationnel à même de permettre d’entreprendre des grandes opérations d’urbanisme et de reconstruire la ville sur la ville à travers le renouvellement, la requalification et la réhabilitation des tissues urbains existants d’une part et un urbanisme prévisionnel plus souple et plus incitatif d’autre part.
    Si la ville d’hier était un objet circonscrit, avec des fonctions bien définies, celle d’aujourd’hui est de plus en plus diffuse, ouverte, sans limites déterminée par les besoins de temps et de mobilité qui, plus elle se renforce plus se développe chez l’individu le besoin de repère et d’ancrage identitaire et spatial.
    Quelle sera la ville demain ? Elle restera, comme elle l’aura toujours été, un lieu d’écriture et de conservation des cultures et des civilisations, un lieu d’expression, d’exercice et de partage des pouvoirs économiques, de production et de contrôle des richesses et un lieu d’émergence de leaderships politiques.
   Mais, elle tendra nécessairement vers le virtuel avec le développement des nouvelles technologies de l’information et des communications qui sont en train de bouleverser tous les référentiels traditionnels. Le développement du e-travail, du e-commerce et de tous les autres services électroniques, les besoins nécessaires aux nouvelles activités urbaines notamment ceux qui sont liés à la concentration des fonctions de coordination.
    Tout cela va avoir un impact considérable sur les comportements des gens et par conséquent sur les formes urbaines. Elle sera inéluctablement prise dans le « tourbillon » de la globalisation économique mondiale et de la tendance qu’elle va créer vers la métropolisation et ses conséquences sur la hiérarchie urbaine nationale et internationale et sur les métropoles et agglomérations secondaires au tissu économique fragile.
    Comment gérer cela sans générer de la ségrégation, de la discrimination et de l’exclusion? Quel type d’urbanité, quel type de rapports entre la ville et son usager et quels types de relations sociales vont en résulter?

Ces articles étaient accompagnés de notes et références bibliographiques que j'ai volontairement supprimées pour ne pas les allourdir. Si vous souhaitez en prendre connaissance contactez moi sur mon adresse email: mohammedelmalti@yahoo.fr.

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