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Ville Urbanisme Maroc

Maroc, Standard & Poors

23 Février 2008, 08:19am

Publié par Mohammed EL MALTI

Immobilier et risques bancaires

En octobre 2006, je publiais un article intitulé "Quand le bâtiment va !,…., et si tout le reste n'allait pas?". J'y évoquais les risques que pouvait engendrer une politique aventureuse de l'habitat aussi bien sur la bourse et sur l'ensemble de l'économie du pays. (http://elmalti.over-blog.com/article-4211578.html).


Aujourd'hui on continue officiellement à placer l'embellie immobilière, en se basant sur les encours de crédit et sur l'augmentation du tonnage de vente de ciment, en tête de tous les indicateurs de croissance. Mais la presse et les chroniqueurs économiques sont de plus en plus critiques et se font l'écho des multiples rapports internationaux sur le Maroc et des quelques voix nationales discordantes. 

Après les deux derniers rapports de la World Bank, très critiques de la politique de l'habitat au Maroc et qui mettent particulièrement en question le bilan de la "campagne VSB" (Villes Sans Bidonvilles), voilà que Standard & Poors, un des leaders mondiaux du "credit rating" et de l'analyse du risque de crédit, tire la sonnette la sonnette d'alarme pour le Maroc. Il le classe dans le huitième groupe de pays, sur une échelle de dix, c'est-à-dire pas loin de la lanterne rouge.

Je ne vais pas m'aventurer dans une analyse détaillée du rapport qui examine tout le système bancaire marocain, j'en suis tout simplement incapable, pour n'en relever qu'un des éléments: les encours de crédits. S&P note que les banques marocaines sont plus fortes depuis les cinq dernières années mais qu'elles doivent faire face à de nouveaux risques provenant notamment des encours de crédit*, les prêts immobiliers en particulier, et de l'extension de leurs activités au niveau régional (Afrique du Nord et Afrique de l'Ouest).

Les prêts immobiliers accordés aux promoteurs immobiliers et aux particuliers constituent en effet une part très importante des encours de crédit. Ils ont connu pendant les cinq dernières années une croissance considérable amplifiée par une conjonction de facteurs liés notamment aux besoins structurels en logements, à des choix politiques gouvernementaux en matière d'habitat et de fiscalité immobilière (voir mon article sur la loi de finances 2008), à l'augmentation des transferts des MRE (marocains résidents à l'étranger) et à l'afflux de capitaux étrangers qui cherchent tous deux refuge dans l'investissement immobilier.

Le système bancaire a suivi la tendance sur la base d'une logique et d'une stratégie de croissance interne. Il a été encouragé en cela via les banques publiques et en particulier le CIH qui vient, cela est noté par le rapport S&P, de sortir d'une grave crise  due notamment à un "poor credit underwriting", c'est-à-dire à la fragilité des critères d'éligibilité au crédit et à la faiblesse des garanties d'hypothèque. Nous savons aujourd'hui la facilité avec laquelle sont octroyés les crédits au logement qui vont même jusqu'à couvrir les dessous-de-table qui deviennent la règle dans toute transaction immobilière et foncière.

Sans aller trop loin dans la comparaison, c'est une crise similaire à celle des "subprimes" américains qui est en train de se profiler au Maroc. Personne n'est capable de prédire aujourd'hui les dégâts qu'elle risque de provoquer et ce qu'elle peut entraîner avec elle comme malheurs sociaux.

*"Morocco's Banks Are Stronger But Face New Risks From Loan And Business Growth"
http://www2.standardandpoors.com/portal/site/sp/en/us/page.article/2,1,1,0,1203104256594.html?vregion=us&vlang=en

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Location appartement Marrakech 31/12/2013 16:27

Les risques qui ont impacté la notation du Maroc concernent la faible prospérité du pays .
Standard & Poor's maintient le Maroc dans la catégorie investissement grade.
c’est autour du standard & Poor’s de l’imiter en renouvelant sa confiance au Royaume malgré une conjoncture économique qui n’est pas des plus florissantes.
Cordialement.

Benoît L. 23/02/2008 20:31

Salut Mohammed,C'est toujours pareil !A l'heure où certains prétendent faire des "villes durables" avec quelques gadgets, on continue surtout à faire du non durable.

Naim 23/02/2008 13:00

Peut-être mais en même temps les banques marocaines, par leur frilosité, ne prêtent qu'aux personnes très solvables et avec des taux très élevés (8%). Bien évidemment, le risque est toujours là. Cependant, le plus inquiétant c'est justement cette rente prudente grâce à laquelle vivent les banques est désolante. Il faut un minimum de risque de la part des banques marocaines pour accompagner le développement du pays.