Le secteur de l'habitat et de l'urbanisme (villes sans bidonville, logements sociaux, villes nouvelles, fonds de garantie, mobilisation du foncier public, bilan et prévisions des
opérateurs publics de l’habitat, accompagnement et encadrement du secteur) est présenté comme l'un des principaux atouts du bilan du gouvernement sortant au Maroc, illustré par un bilan chiffré,
essentiellement sur les "unités" produites.
Je ne vais pas polémiquer sur les chiffres, qui semblent avoir fait leur effet dans les résultats des élections du 7 septembre 2007, mais qui ne peuvent malgré tout révéler leur
vrai sens que s'ils sont analysés de façon plus fine. Les chiffres tout seuls n'ont jamais signifié la réussite d'une politique, ils peuvent même parfois dissimuler son échec. Je ne vais pas non
plus faire le bilan sur le terrain du programme "Villes sans Bidonville", ni répéter ce que j'ai déjà écrit sur les projets de "villes nouvelles", sur le sort du foncier public ou sur la
politique, ou l'absence de politique, urbaine.
Je me dois cependant, et je le dois aux visiteurs de mon Blog et aux lecteurs de mes articles, de reconnaître que la création du Holding d'Aménagement Al Omrane (HAO) a
probablement été la seule réalisation structurelle majeure du gouvernement sortant en matière d'habitat. Sa cérémonie de naissance publique a été annoncée à Marrakech, peu avant le démarrage de
la campagne électorale pour le renouvellement de la première chambre du Parlement.
Cependant, une institution n'est pas une fin en soit. C'est un moyen de mise en œuvre d'une politique, qui n'a malheureusement jamais dépassé le stade d'effets d'annonce ou de
réponses opportunistes à des besoins ou à des crises conjoncturelles, les problèmes de fond sont toujours là.
Le HAO, issu d'une opération de fusion/absorption des établissements anciennement sous tutelle du Ministère Délégué Auprès du Premier Ministre Chargé de l'Habitat et de
l'Urbanisme: ANHI, ATTACHAROUK, SNEC, ERAC. Le métier de base des deux premiers était la lutte contre l'habitat insalubre et le logement social, le troisième, tout en ayant une vocation
d'aménageur à l'origine, intervenait principalement dans des opérations d'habitat et de logement. Les derniers à intégrer la Holding étaient devenus de simples promoteurs immobiliers publics,
loin de leur vocation sociale d'origine. Aucun d'entre eux n'a effectivement joué son rôle de régulateur des marchés fonciers et du logement, laissant ainsi filer la vague spéculative à des
niveaux très dangereux.
L'objectif initial du regroupement, même s'il fait timidement allusion à l'élargissement de son objet social, s'est limité à l'optimisation et la mise en synergie des moyens
humains, financiers et fonciers des trois structures pour une meilleure efficacité et surtout rentabilité.
Le problème de l'habitat est, à la base, un problème urbain d'intégration économique, social et spatial.On aurait pu profiter de l'élargissement effectif de leur objet social, pour
y intégrer les problématiques urbaines et celles de la ville, de nouveaux métiers comme la requalification des tissus urbains anciens (la réhabilitation des médinas, des Qsours et des Qasbah), la
restructuration des quartiers non réglementaires, la réalisation de villes et de pôles urbains nouveaux, les grandes extensions et les grands aménagements urbains. D'ailleurs le HAO s'est
aventuré, contre sa nature et souvent de façon forcée, mais sans en avoir ni les compétences ni le savoir-faire, dans des opérations d'urbanisme très complexes, qui engagent l'avenir des villes
et des territoires entiers, et il est très probable qu'il soit encore plus sollicité à l'avenir.
Le volume de son chiffre d'affaires et l'élargissement de l'éventail de ses activités pourraient placer le HAO dans une position de leadership parmi les opérateurs nationaux dans
le domaine de l'habitat et de l'urbanisme. Ils le prédestinent naturellement à jouer un rôle déterminant, plus actif et plus volontariste, dans la mise à niveau urbaine, la contribution à la mise
en œuvre des documents d'urbanisme et d'une politique de la ville qui s'inscrive dans la durée, au lieu de continuer dans des opérations essentiellement à vocation d'habitat et à alimenter
la bulle spéculative à travers des opérations d'aménagement foncier.
Grâce à des méthodes, une expertise et un savoir faire particuliers, il pourrait relever de nouveaux défis et mener de nouvelles missions. Il pourrait notamment accompagner
efficacement l'Initiative Nationale de Développement Humain et les actions menées pour l'amélioration de la gouvernance locale. Il pourrait assurer la maîtrise d'ouvrage déléguée pour la
réalisation de travaux d'équipement pour le compte des collectivités locales. Il jouerait ainsi un rôle majeur dans la promotion d'une administration du territoire plus proche du citoyen et d'un
développement humain et économique durable.
Ceci, ajouté au fait que le secteur de l'immobilier privé est en train de se développer de façon substantielle, mettra structurellement le HAO dans une position ou il devra assurer
ce qui devrait être sa vocation première: l'intervention dans les opérations à caractère social et public, et la régulation des marchés immobilier et foncier.
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Par Mohammed EL MALTI
Mercredi 12 septembre 2007
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