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Ville Urbanisme Maroc

Dubaï: d'un vertige* à un autre

28 Mai 2007, 15:49pm

Publié par Mohammed EL MALTI

    L'écriture de cet article m'a été suggérée par un voyage que je viens d'effectuer aux Emirats Arabes Unis (EAU) et notamment à Abu-Dhabi et Dubaï, et qui m'a permis de me rendre compte par moi-même du délire architectural et de la spirale impressionnante du développement de ces deux Emirats. Ensuite, par l'action concomitante de Bill Clinton et Al Gore et par la dissidence à la position de l'administration des Etats Unis d'Amérique, engagée par l'Etat de Californie et les villes de San Fransisco, Berkeley, Mountain Vue, Palo Alto, San Jose et suivie par plus de 300 villes américaines en faveur du protocole de Kyoto pour lutter contre le réchauffement climatique et réduire ses effets sur la planète. Et enfin par la nomination d'un Ministre d'Etat chargé de l'Ecologie, du développement et de l'aménagement durables, numéro deux dans le premier gouvernement de la France de Nicolas Sarkozy.

    Ces raisons peuvent sembler n'avoir aucun rapport entre elles rapport et pourtant il y en a un qui me paraît évident: la Ville et l'Urbanisme Durables que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans plusieurs de mes articles.

    Les deux dernières révèlent l'importance grandissante accordée, officiellement ou non, par deux des plus grandes puissances mondiales à la préservation de la planète, à la réduction de l'émission des gaz à effet de serre et au développement durable. La première en illustre le contre-exemple.

    Le développement durable est une responsabilité mondiale certes, mais également et surtout un ensemble d'actions locales. "Les villes utilisent plus de 75% de la consommation énergétique mondiale et génèrent plus de 75% des gaz à effet de serre. Les immeubles sont souvent les plus gros consommateurs d'énergie", (Bill Clinton). On peut donc imaginer la situation dans un quart de siècle sachant que l'urbanisation est une tendance lourde à l'échelle planétaire.

    Les deux Emirats les plus riches des Emirats Arabes Unis connaissent un rythme de développement et de croissance qui impressionnent et qui font des jaloux,   même parmi les plus puissants. Les plus grandes multinationales y ont transféré leur siège social ou pensent à le faire, les banques les plus prestigieuses, les plus grandes agences immobilières s'y sont installées. Ils attirent les plus grosses fortunes du monde, pas toujours les plus propres. Les projets de taille normale vous donnent le tournis. Un de ceux en construction à Dubaï, ce n'est ni le seul ni le plus grand, comprend un ensemble de 500 tours dont la plus haute du monde et évolue à vue d'œil quasi quotidiennement. Un agent immobilier de la place en charge de la commercialisation d'une partie du projet conseille d'éviter de cligner des yeux au risque de perdre une opportunité d'affaire ou d'être dépassé par les événements.

    Cependant, ce type de développement urbain, producteur de richesses facteur de croissance, se fait au détriment du développement durable et pourrait rapidement représenter le stade suprême de ce que l'on pourrait qualifier d'"urbanisme éphémère, "particulièrement énergétivore". Toute la vie de l'agglomération (j'ai beaucoup hésité sur l'utilisation du mot ville) est suspendue à l'énergie. La climatisation, l'usage exclusif du transport individuel (le tracé urbain et l'étalement urbain rendent impossible de faire autrement), les circulations verticales dans les bâtiments, l'activité industrielle, le dessalement de l'eau pour usage domestique, tout cela, ajouté aux délires du genre "piste de ski dans le désert", donne la mesure du risque pour la vie urbaine dans ce contexte, en cas de panne ou de pénurie d'énergie.

    Vous me direz que les sources d'énergie abondent dans la région. Mais les prévisions les plus optimistes prévoient un épuisement des ressources énergétiques avant la fin du siècle. Mais, on ne fait pas une ville pour quelques dizaines d'années, sauf si on la conçoit comme un simple outil de production pouvant être mis au rebut quand il ne marche plus, ou bien une entreprise que l'on met en faillite quant elle n'est plus rentable.

    Or, tout indique que ces villes sont conçues, pensées et gérées dans cet esprit. Avec cependant quelques actions pouvant être mises au crédit de Abu Dhabi qui semble avoir pris conscience de cela. Ces actions, comme en témoignent quelques grands projets comme le district culturel de Saadiyate Island, ou la Green Belt sur quelques milliers d'hectares, peuvent paraître symboliques pour l'instant, mais inscrivent plus dans la durée la croissance du principal Emirat des EAU.

    Il ne s'agit pas ici de mettre en opposition développement durable et croissance, mais de suggérer qu'aucun système n'est éternel et que sa durabilité et son évolution dépendent de son niveau d'intégration des valeurs d'équité, de partage, d'humanisme et de préservation des équilibres et des richesses de la planète.

*Voir le vertige de l'article précédent





 

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windows 8 theme for windows xp 22/11/2013 08:12

Thank you for your article.Really looking forward to read more. Morocco too becoming a preferred investment destination and a growing hot hub. Free trade and blue chips adding metaphor to the oil country.Great.

narjiss bakhtyari 26/08/2008 20:14

slt Mr mohammed,j'ai bien apprécié votre article et je pense que ça fera un beau sujet de fin d'année, j'aimerai faire une analyse du developpement de ces deux émirats afin de prévenir les éventuels inconvénients de cet abus d'énergie dans notre pays.si vous détenez autre inf ormations qui pourraient bien m'apporter de l'aide,n'hésitez à me les communiquer je vs en serai très reconnaissante.merci

Mohammed EL MALTI 28/08/2008 13:38


C'est effectivement un sujet  extrêmement intéressant. Il offre un cas d'école pour ce à quoi la ville de demain pourrait ressembler, même si les conditions d'émergence, de création, de
développement et de gouvernance de ces émirats sont assez particulières. Si vous êtes à l'ENA on pourrait convenir d'un moment à la rentrée pour en parler.
Bon courage